Dormez tranquilles, braves gens, tout va bien

Publié le par Climat2050

face-pire.jpg

 

 

Face au pire des mondes par Michel Beaud Le Seuil, 300 p., 20 €.

 

Voici longtemps déjà que Michel Beaud ausculte notre monde et ses dérives environnementales. Economiste reconnu, il a fait partie des premiers à tirer la sonnette d'alarme. Or, rien n'y fait: ni les constats des scientifiques, ni la multiplication des catastrophes environnementales, ni les multiples cris d'alarme, dont les siens bien entendu, ne semblent avoir d'influence sur la marche du monde, alors même que les échéances se rapprochent dangereusement. Dans le domaine du climat, mais aussi de la biodiversité, de l'eau, des déchets. Pour en convaincre ses lecteurs, il détaille donc les étapes de la prise de conscience des risques environnementaux, la succession des conférences internationales, celle des engagements pris et leurs résultats concrets.

Il analyse avec précision, voire minutie, les éléments de ce bilan. Ainsi, alors que le protocole de Kyoto est presque arrivé à son terme (2012), les objectifs quantitatifs fixés par les pays qui l'ont ratifié ne seront globalement pas atteints, et de loin.

Et ceci malgré « l'aide» de la crise qui incite les Etats à ne pas mettre la pression sur les entreprises dans un contexte d'activité déprimée.

Pourtant, protestent les optimistes, cette impuissance collective n'est pas générale. Regardez donc le protocole de Montréal: dans les années 1990, il a abouti à l'élimination des CFC qui menaçaient la couche d'ozone. Vous rigolez? rétorque notre auteur: le trou subsiste et s'agrandit parce que d'autres gaz ont pris le relais, dans la plus grande discrétion. Et si les CFC ont disparu, c'est uniquement parce que DuPont, grand pollueur devant l'Etemel, a mis au point un substitut que l'interdiction des CFC a permis de vendre en masse!

 

Pour Michel Beaud, tout comme « les bouchers, les épiciers et les grandes surfaces ne doivent pas vendre d'aliments avariés ou dangereux, (...) les industriels du XXIe siècle ne devront plus contribuer à la dégradation de la Terre. » Il a évidemment raison, même si l'on peut estimer qu'à taper ainsi sur les très grandes firmes, il exonère un peu trop le comportement des consommateurs (leur addiction à la voiture par exemple) et l'urbanisme énergivore de nos sociétés.

Ces occasions perdues, ces rendez-vous manqués, ces engagements non tenus ou cette « impunité dont jouissent les puissants» l'amènent à estimer que le terme,« développement durable » dont tout le monde se gargarise aujourd'hui mériterait « le Nobel de la formule creuse ».

Si l'on ne veut pas « de somptueuses catastrophes », il faut agir très vite. Nous avons deux générations - à mon avis, il est même optimiste - pour changer notre fusil d'épaule, radicalement. Comme Bernard Perret (dans Le capitalisme est-il durable ?), il en appelle donc à une mobilisation générale, laquelle doit passer - mais pas seulement - par un cantonnement du capitalisme:

« Ayant travaillé sur les dégâts humains, sociaux, environnementaux qu'engendre le capitalisme, je continue de souhaiter qu'il cesse de dominer nos sociétés. »Il y faudra cependant plus de temps que l'humanité ne peut attendre.

Aussi plaide-t-il en faveur d'une action résolue des puissances publiques, par la norme autant que par le droit (il propose de créer un délit « d'atteinte au vivant»).

Cet appel à l'action publique sera-t-il mieux entendu que les précédents? Ce n'est évidemment pas sûr, surtout lorsque des Pascal Bruckner ou des Claude Allègre caressent l'opinion dans le sens du poil en murmurant « dormez tranquilles, braves gens, tout va bien. ».

 

Denis Clerc

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

durdan 17/11/2011 14:19



2 générations devant nous ? pas sûr :si c'est bien l'anthropisation incontrôlée qui agit sur certains phénomènes naturels ,je crois qu'en ce moment on est servi ;mais certains
scientifiques affirment que ce nous vivons actuellement n'est pas une nouveauté...


 J'ai quand même remarqué des choses étonnantes .J'habite la banlieue de Reims;il y a 3,4 ans j'avais des lézards noirs minuscules...l'an passé, j'ai trouvé dans un bois de la
Montagne de Reims,une amanite oronge (oronge vraie) une seule !(que je n'ai partagée avec personne) un champignon méditerranéen ,je n'en avais vu de ma vie que sur un marchéy yougoslave voici
plus de trente ans. Dans ce même bois,j'étais tombé sur une colonie de salamandres,l'espèce tachetée,il y en avait des dizaines ...depuis plus rien. J'ajouterai des insectes dont je ne connais
pas les noms.


bref....on verra



Punch-frappe 14/11/2011 19:55



Contente de vous revoir toujours fidèle au poste Joke



Actu-fraiche 04/11/2011 12:51



Puisque que les Etats, se répartissent le droit de pollution par substitution, il est évident qu'aucune prise de conscience réelle n'a encore été prise .


Les écologistes sont en outre de plus en plus considérés, surtout depuis que les anciens pays industrialisés exportent leur production vers les pays émergents, comme des "emmerdeurs" qui
n'ont aucune conscience des réalités économiques. Ils sont tout juste pris en considération lors des échéances électorales majeures, car étant susceptibles d'apporter des voix d'appoint non
négligeables à tel ou tel parti ; malgré les catastrophes écologiques à répétition, qui n'arrêtent pas d'endeuiller la planète.



Joke 13/11/2011 13:05



Des emmerdeurs qui n'ont aucune conscience des réalités économiques...


C'est vrai. Ceux-là même qui nous bassinent avec "la dette", avec les "comme l'Allemagne" répètent à l'envi que nous n'avons pas conscience des réalités économiques.


Je voudrais dire deux choses à ce propos :


L'Allemagne, en abandonnant le nucléaire, est en train de prendre un avantage décisif dans le business des technologies non carbonées. Ceux qui considèrent l'Allemagne commme le modèle,
pourquoi ne sont-ils pas prêts à suivre l'Allemagne ?



 


Il est infiniment préférable de laisser à nos descendants une lourde dette plutôt que des déchets nucléaires. Les déchets nuclaires, c'est le cancer, au propre et au figuré. Et qui ne
préfèrerait pas avoir des dettes plutôt qu'une "longue maladie incurable" ?



Nous serions inconscients des réalités économiques ? C'est faux.


Mais les pro-nucléaires sont des INSCONSCIENTS, c'est sûr !