On vivra mieux

Publié le par Climat2050

Senegal

 

On vivra mieux dans une économie convertie à l’écologie

La conversion écologique de nos économies implique-t-elle que nous vivions plus mal ?

 

Si on se préoccupe d’écologie, c’est parce qu’on vit de plus en plus mal avec le modèle économique actuel ! La nourriture que nous mangeons pose des problèmes croissants, la qualité de l’air que nous respirons est problématique, les produits chimiques que nous relâchons dans la nature ont des effets inquiétants… Pour l’essentiel, la conversion écologique ira donc dans le sens d’une amélioration de la qualité de vie.

Dans certains cas elle remettra toutefois en cause ce qui apparaît aujourd’hui comme des progrès, même si ceux-ci sont largement illusoires compte tenu des problèmes environnementaux qu’ils posent. Ce sera le cas notamment en matière de mobilité, où le recul de l’automobile individuelle devra être compensé par d’autres modes de déplacement mais aussi par une autre organisation des territoires.

 

Comment faire pour que cette conversion devienne socialement acceptable voire désirable ?

 

Les plus pauvres sont quasiment toujours les premières victimes des dégâts écologiques. Il n’est donc pas si compliqué qu’on le pense souvent de les mobiliser en faveur de la conversion écologique : les écologistes sont très populaires dans tout le Sahel parce qu’ils apparaissent comme la seule force capable de lutter effectivement contre la désertification…

La situation des salariés à bas revenus pose néanmoins de réels problèmes parce qu’on leur a fait miroiter la possibilité d’accéder au mode de consommation des couches moyennes. La conversion écologique de l’économie doit nécessairement s’accompagner d’un effort très important de redistribution et de réduction des inégalités. Une partie significative de la rente prélevée aujourd’hui sur la nature par les couches sociales les plus dépensières doit être utilisée pour améliorer la situation des plus pauvres face à la conversion écologique.

 

Est-il nécessaire de sortir du capitalisme pour s’engager dans cette voie ?

 

Il est hors de question d’attendre d’être sorti du capitalisme : ce n’est pas dans cent ans qu’il faut engager une lutte décidée contre le changement climatique, mais d’ici 2020.

Ceci dit, le type d’économie auquel nous conduira la conversion écologique sera probablement au moins aussi différent du capitalisme des années 2000 que le fordisme d’après guerre a pu l’être de celui des années 1920. Cette conversion nécessitera en effet une forte réduction des inégalités. Les dépenses occasionnées à cette occasion seront probablement davantage encore que dans le New Deal rooseveltien des dépenses publiques… Enfin, le succès de la conversion écologique impliquera nécessairement la mise en place d’une véritable gouvernance mondiale accompagnée de transferts massifs du Nord vers le Sud.

 

Alain Lipietz, entretien avec Guillaume Duval, pour le Cahier 1980-2010 "Ce qui a changé"Alternatives Economiques, n°295, octobre 2010

 

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